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Avec l'ensemble Ranganiketan

Le Manipur, littéralement « Pays des joyaux » est un état du Nord-est de l’Inde, situé entre la Birmanie et le Bangladesh dont la majorité des habitants se consacre au rituel hindouiste vishnouite.

Ce rituel a été introduit vers le xve siècle sur un important substrat d’anciennes croyances, cultes animistes, culte des ancêtres et des héros mythiques. Des rituels tantristes avaient auparavant été introduits au vie siècle. Ils ont été assimilés par la religion préexistante. Au xve siècle, les divinités du Soleil, Sanamahi et de la Lune, Pakanghba, furent assimilées avec Shiva, les rois-serpents et les cultes vishnouites. Depuis les anciens temps, croyances et religions au Manipur ont trouvé leur expression dans les danses rituelles exécutées par la communauté au cours de grands rassemblements festifs ou dévotionnels.

La danse et la musique traditionnelles au Manipur sont toujours extrêmement vivantes et s’inscrivent à part entière non seulement dans la culture des Manipuri, mais aussi dans leur quotidien.

Le Rasa Lila

Le Rasa Lila communément appelée Manipuri, est sans doute la danse la plus connue. Elle est considérée comme une des six danses classiques emblématiques de l’Inde, au même titre que le Bharata Natyam ou le Kathak. Aujourd’hui liées au rituel vishnouite, les musiques et danses du Manipur incarnent l'amour et la dévotion pour Krishna, un des avatars de Vishnou, celui qui est le plus célébré, considéré comme le gardien et le protecteur du monde. Les thèmes du Rasa Lila évoquent principalement les légendes relatives à l’amour divin entre Krishna et la bergère Radha, ses jeux avec ses bergères, les gopis, ou encore l'enfance et les espiègleries de Krishna. Le Rasa Lila constitue le point culminant, l’apogée du rituel Sankirtana qui se déroule sur plusieurs jours et dont nous verrons des extraits des différentes parties au cours du programme de ce soir.

Dhol dholok cholom

Dhol et dholok sont respectivement un grand tambour circulaire frappé avec une mailloche et un tambour cylindrique à deux peaux frappé à mains nues. Ces deux instruments sont utilisés pendant le Holi-Sankirtana, festival du printemps célébré au Manipur et dans d’autres régions de l’Inde. Dhol dholok cholom est un jeu de tambours dansé au caractère viril et athlétique très affirmé.

Lai-Haraoba

Le fondement de toutes les danses du Manipur se retrouve dans le Lai-haraoba ou festival des dieux, une cérémonie de danse dédiée à plus de 500 divinités de villages et qui a lieu au mois d’avril. Les maibis, les prêtresses, habillées de blanc, symbole de bonté absolue, exécutent une danse « abstraite » mais qui peut, éventuellement, prendre la forme d’une queue de serpent, symbolisant Pakhangba, l’ancienne déesse de la Lune. C’est dans les mouvements sinueux des maibis, dépourvus de transition soudaine ou d’exagération que l’on peut trouver les éléments les plus caractéristiques de toutes les danses du Manipur : le corps des danseuses se meut et passe d’une position à une autre comme dans une sorte de « fondu enchaîné » ; le toucher du sol par un doux mouvement de l’orteil et les douces et sinueuses ondulations du corps en forme de ∞, symbole de l’infini, sont accompagnés par l’expression à la fois douce et solennelle des danseuses.

Le Pung Cholom

Le prologue du Rasa Lila, le grand drame dansé du Manipur, est le Pung Cholom ou danse des tambours. Le Pung Cholom est une danse de groupe, qui requiert au moins 2 danseurs tambourinaires, le nombre pouvant aller jusqu’à 100. C’est ce qui rend son exécution encore plus difficile. Le Pung Cholom est exécuté certains jours de fête, pour certaines grandes occasions comme, par exemple, la première fois que l’on donne à un nouveau-né des aliments solides, ou quand on lui perce les lobes des oreilles, au moment des rites d’initiation, des cérémonies de mariage, les décès ou anniversaires de mort. Le Pung Cholom est une des danses de tambour les plus impressionnantes. Le répertoire des mouvements des tambourinaires est très étendu. Tout en bougeant en rythme et en frappant la peau de l’instrument, le danseur fait glisser le tambour vers son dos, le fait tournoyer autour de lui, le soulève au-dessus de sa tête. Même sa tête et ses cheveux suivent le rythme. Vers la fin, le danseur percussionniste fait des mouvements acrobatiques et en spirale. Cela requiert un extraordinaire sens de l’équilibre et du rythme. Les percussionnistes incarnent les phénomènes de la nature, comme, par exemple, le crépitement de la pluie battante, le roulement du tonnerre, le vol des oiseaux. Le Pung cholom prépare l’espace sacré de la scène pour le Rasa Lila.

Sankirtana

Le rituel du Sankirtana ou Nata-sankirtan dont le but consiste à provoquer une transe qui place l’homme en communication avec le divin, est constitué d’un ensemble de chants, de jeux de tambours et de cymbales et de subtils mouvements de danse. Grâce à ces éléments intimement mêlés les uns aux autres, le Sankirtana représente une expression très structurée comportant toutefois des marges d’improvisation pour amener les exécutants à utiliser au mieux les techniques extatiques. Placées sous l’autorité d’un chef, les congrégations exécutent le rituel au moment de diverses fêtes sociales ou religieuses (naissances, mariages, anniversaires de funérailles). Rarement présenté à l’étranger, le Sankirtana est un joyau qui subjugue par la beauté des poèmes chantés, les voix et les rythmes qui s’accélèrent en crescendo, et les gestes expressifs d’une sobriété épurée. Le Nata Sankirtan peut durer plusieurs heures. La durée en sera ici réduite.

Rasa Lila

Dansé à la gloire de Krishna et de ses amours avec la bergère Rada, le Rasa Lila, appelé aussi manipuri, est considéré comme l’
une des six danses classiques emblématiques de l’Inde, au même titre que le bharata natyam ou le kathak. Une danseuse interprète Krishna. Elle est accompagnée d’autres danseuses, les gopis, qui sont les bergères, dont Rada, la favorite de Krishna. Il est dit que quand Krishna, Rada et les gopis dansèrent le Rasa Lila, Shiva fit en sorte que rien ne perturbe la beauté de cette danse. Parvati voulant aussi la voir, Shiva choisit les belles vallées du Manipur où le Rasa Lila fut à nouveau interprété, et où il est toujours dansé depuis.

Le Rasa Lila a lieu lors de la première pleine lune d’une saison donnée. La première représentation a toujours lieu dans le plus sacré des temples du Manipur, le temple Govindaji à Imphal, la capitale. Ce n’est qu’après cela que les Rasa Lila peuvent être donnés ailleurs. La danse commence au coucher du soleil et se termine avec l’aube. Dévotionnel à l’origine, le manipuri est encore aujourd’hui considéré comme une expérience spirituelle et nullement comme divertissement. Il est interprété sur les parvis des temples lors de différentes fêtes religieuses, sans limitation de durée, et peut aller d’une heure à toute une nuit. Considérée comme l’une des plus harmonieuses et plus douces, cette danse est basée sur une série de mouvements circulaires, évitant toute ligne droite, tout angle, tout mouvement incisif. Tout en ondulations, une impression d’extrême douceur se dégage du manipuri qui ne laisse point soupçonner les efforts nécessaires au contrôle du corps. Les mudras, ou gestuelle des mains, se distinguent de celles des autres danses classiques. Quant au potlei, le costume des danseuses qui incarnent les gopi, il aurait été conçu après que le Maharaja Bhagya Chandra (1763-1798) l’ait vu en songe. La jupe caractéristique avec son panier cylindrique, est généralement rouge, sauf celle de Rada qui est de couleur verte. Sur leurs têtes et leurs visages, un très léger voile transparent accentue l’effet de douceur sans toutefois cacher les douces expressions des danseuses.

Même si le manipuri semble être tout simple, il s’agit en réalité d’une série de mouvements complexes et intriqués : la chorégraphie d’un Rasa Lila retrace les dessins d’un antique mandala, une série de cercles concentriques et de carrés. Un centre est déterminé au gré des déplacements des danseuses entre les quatre points cardinaux. Ces mouvements et déplacements symbolisent non seulement le cosmos, la terre et l’univers, mais aussi la vie humaine. Le côté répétitif et cyclique renvoie à la rotation de la terre autour du soleil. Ces mouvements circulaires sont très importants pour la danse au Manipur. D’ailleurs, danse en meithei se dit jagoi ce qui veut dire tourner ou tournoyer.

Il y a plusieurs variantes du Rasa Lila qui sont donnés en fonction des saisons, chaque variante étant structurée en cinq parties. Pour le Festival de l’Imaginaire, et les représentations qui ont lieu au mois de mars, c’est-à-dire au printemps, Ranganiketan donnera un Vasanta Rasa Lila : la danse vasanta est exécutée la nuit de la pleine lune du printemps, entre février et mars. Elle retrace le cheminement de Krishna vers un bosquet sacré ; ses gopis conduites par Rada, répondent en dansant à l’appel de sa flûte magique. Les cinq parties du Vasanta Rasa Lila sont les suivantes : Invocation et prière Formation sacrée du rasa Danse d’ouverture des personnages principaux Le nœud dramatique de l’action Le rituel final, offrandes et prières

Ranganiketan est un ensemble à géométrie variable. Il est dirigé par W. Amarjit Singh, qui a dédié sa vie aux arts et à la culture du Manipur. Le Festival de l’Imaginaire invite plusieurs guru accompagnés de leurs disciples : Padmashri Guru S. Thanil Singh, âgé de 64 ans. Il est reconnu au Manipur comme le maître le plus important du tambour traditionnel pung. Guru L. Lakpati Singh, 58 ans est incontestablement le plus grand et meilleur chanteur de Nata Sankirtan dans tout le Manipur. Il a reçu plusieurs prix, dont celui de la Sangeet Natak Academy en 2001. Guru N. Shyamchand Singh, 54 ans, est un des maîtres du cholom, un autre joyau du patrimoine du Manipur, une magnifique et impressionnante danse traditionnelle des tambours.

Distribution

"Guru Lakpati Singh Leimapokpam, Eshei hanba ou chanteur principal pour le Sankirtan
Guru Shyamchano Singh Ningthoujam, principal duhar pour le Sankirtan
Guru Thanil Singh Sougaijam, maître du tambour Pung
Arunkumar Singh Khuraijam, chanteur-danseur
Oken Singh Ahongsangbam, chant et flûte
Ibomcha Singh Akoijam, percussions
Nanaotomba Singh Takhellambam, danseur tambourinaire
Basanta Singh Lairenjam, danseur tambourinaire
Rajmohan Singh Moirangthem, chanteur Sankirtan
Priyashini Devi Ahongsangbam, danseuse
Shangitabali Devi Moirangthem, danseuse
Ratnamala Devi Laitonjam, danseuse
Nandarani Devi, danseuse
Niky Namoijam, danseuse
Sunitibala Leishangthem Devi, danseuse
Loken Sharma Gurumayum, percussions orchestre (pour le Rasa Lila)
Manaobi Singh Sarangthem, chant
Ningombam Memtombi Devi, chanteuse
Et avec Wangkheimayum Amarjit Singh, direction et chant''

Texte : Arwad Esber Sources : • Archives de la Maison des Cultures du Monde / Centre de documentation sur les spectacles du Monde • Aglaja Stirn - Peter van Ham. The Seven Sisters of India. Tribal Worlds between Tibet and Burma. Prestel, 2000. • Notes de mission de prospection

Dans le cadre du Festival de l’Imaginaire et de Namaste France, avec le soutien de l’ICCR

En collaboration avec l'Opéra de Lille - Réservations:08 20 48 90 00