Visuel_Altai_Khagai.jpg ''À l’ouest de la Mongolie, la grande chaîne montagneuse de l’Altaï et non loin, celle du Khangaï. Deux massifs, côtes à côtes, séparés par des steppes, des rivières, des troupeaux et des nomades. Ganbold et Ganzorig sont deux musiciens qui évoquent cette Mongolie bucolique et immuable du pastoralisme et des nomadisations, à travers un répertoire traditionnel. Mais ce sont aussi des créateurs et ils nous proposent de découvrir leur Mongolie, d’enfants de steppe et de citadins musiciens avec des compositions basées sur le modèle poétique et musical traditionnel ou des arrangements de chants de louanges ou de chants populaires. Le succès de l’ensemble Altaï-Khangaï dès les premières heures depuis les années 1996 a permis à Ganbold et Ganzorig de jouer régulièrement dans de nombreux pays : quatre ans de résidence en Allemagne, trois ans en Hollande, et des concerts ponctuels en France, Suisse, Autriche, USA, Canada, Maroc…''

Ganbold Muukhaï
Chant, vièle à tête de cheval morin khuur

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Né en 1970 dans la province d’Uvs au nord-ouest de la Mongolie, Ganbold vit dans un cadre de vie nomade jusqu’à l’âge de 12 ans. Issu d’une famille de joueurs de vièles à tête de cheval, et initié dès le plus jeune âge à cet instrument, il part le perfectionner à la capitale, Ulaanbaatar, au Collège de Musique et de Danse. Devenu un virtuose, après de nombreuses expériences scéniques en soliste dans le monde entier, Ganbold enseigne actuellement la vièle à tête de cheval dans ce même Collège à de nombreux élèves, dans la salle de son ancien professeur, Jamyan.




Ganzorig Nergui ganzorig_nergui.jpg


Chant, chants diphoniques khöömij et kharkhiraa, vièle à tête de cheval morin khuur, luth tovshuur à tête de cygne.


Il est né en 1974 à Zuunkharaa dans la province de la Selenge, au nord de la Mongolie. Il réside et travaille comme chanteur de xöömij au sein de l’ensemble de danse et de musique du théâtre de cette ville. Ganzorig a appris la diphonie en autodidacte, en écoutant la radio et les enregistrements des maîtres D. Sundui et T. Ganbold notamment. Tourné vers la composition de louanges magtaal, avec de nombreuses innovations apportées à sa technique vocale, il représente la jeune génération des chanteurs professionnels de khöömij de Mongolie. Ganzorig enseigne le khöömij à quelques élèves au théâtre de Zuunkharaa.



MERCREDI 20 OCTOBRE - 20 H - CAVE D'ATTACAFA - 24, rue de la barre - LILLE

Entrée 5 € /prix unique

Réservation conseillée au 03 20 31 55 31 par mail à attacafa.sun@laposte.net

En collaboration avec Les Champs de L'Homme et l'association Guillaume de Rubrouck

Dans le cadre de "Une Semaine de la Mongolie" du 18 au 24 octobre 2010, en Flandres.


Programme complet www.guillaumederubrouck.fr et sur www.leschampsdelhomme.com




Discographie d’Altaï-Khangaï

Naariits Bülye Let’s Dance. Mongolian khuuryn tatlaga
Pan Records Pan 2061, 1997, Hollande
Gone with the Wind. Songs of mongolian steppes
Window to Europe WTE CD 002, 1998, Hollande
Melodious Tree, Autoproduction, AKA09001, 2000, France
Naadam, Autoproduction, 2006, Mongolie
Hos Ayas Recordings - Les Champs de l’Homme, 2010, France.





POUR EN SAVOIR PLUS...

Extrait du texte du livret du disque Pan Records Ethnic Series PAN2100 Dörvön Berkh,

Four Shagai Bones, Masters of Mongolian Overtone Singing :

Qu’est ce que le xöömij ?

Cette technique vocale consiste, pour un seul chanteur, à émettre plusieurs sons simultanément avec sa voix. Un bourdon vocal au timbre guttural est tenu, auquel se superpose un sifflement harmonique. Ce son, étrange aux oreilles novices, vient du bourdon, que le chanteur effectue en pressant simultanément sur son diaphragme et son pharynx. Le bourdon conserve une note en pédale et le sifflement harmonique produit par cette pression et issu de ce son fondamental, nous laisse entendre une mélodie. Selon les techniques, on peut entendre deux sons distincts, mais parfois accompagnés de trois ou quatre superpositions formantiques (résonances harmoniques) laissant entendre des résonances relatives à la mélodie ou au bourdon. Cela fait partie de l’esthétique même de ces techniques.

Xöömij (litt. « pharynx »). désigne le terme générique pour le « chant diphonique mongol». Il se divise en deux styles.
Le premier, xöömij, appelé aussi isgeree xöömij (xöömij sifflé), nariin xöömij (xöömij aigu), Altain shingen xöömij (xöömij au ton clairsemé de l’Altaï), uyangiin xöömij (xöömij mélodieux), se pratique avec des bourdons medium ou aigu auxquels on superpose une mélodie d’harmonique très distinctement du reste. On entend nettement deux sons, et rarement plus. Lorsque le chanteur abaisse son bourdon, entre le medium et le grave, le timbre change considérablement, et l’on rencontre alors les techniques de tsuurai xöömij (xöömij écho), shuluun xöömij (xöömij droit), dorgo xöömij (xöömij « gargarisé ») qui laissent entendre d’autres résonances.

Le second style, appelé xarxiraa (litt. « petite rivière », c’est aussi le nom d’une espèce de Grue noire), un xöömij profond, est caractérisé par la présence d’une double basse, générée par la vibration simultanée des cordes vocales et du cartilage aryténoïdien qui termine notre trachée, laissant entendre une note medium ou grave générée par les cordes vocales et son octave inférieure produite par le cartilage en vibration. Comme pour le style aigu, on entend, superposé à cet imposant bourdon une mélodie d’harmoniques. Les techniques de xarxiraa sont variées et leurs timbres diffèrent selon le choix de la hauteur du bourdon.

À chacun de ces styles s’ajoute un grand nombre de techniques qui varient d’abord selon le timbre voulu par le xöömijch ou par leur caractère ornemental, telles que tagnai xöömij (xöömij palatal en trilles), uruuliin xöömij (xöömij de lèvres, rythmé par un battement de la bouche), ou encore dangildax xöömij (xöömij syllabique).

Selon les légendes et pour les habitants de l’ouest de la Mongolie, cette technique vocale viendrait de l’imitation du vent, des bruits de l’eau, des chants d’oiseaux…

De la steppe à la scène

En Mongolie, la musique traditionnelle que nous connaissons de nos jours est prise entre sa pratique d’origine, chez les nomades de la steppe, et une pratique devenue professionnelle et spectaculaire, sur les scènes des théâtres. Dans chacun de ces contextes, elle a subi, et subit encore, diverses transformations, dues à l’histoire, aux changements sociaux et à une quête identitaire importante.

Dans le massif de l’Altaï depuis plusieurs siècles, puis à partir d’une trentaine d’années dans le reste du pays, le chant diphonique se perpétue par oralement. À son origine, le xöömij n’était pas une forme spectaculaire. Exécuté dans un contexte pastoral, les bergers nomades l’utilisaient pour imiter la nature, communiquer avec elle, passer le temps en gardant leurs cheptels, ou encore animer une veillée sous la ger (yourte). Ce contexte perdure encore. Mais en parallèle, dans les années 1950, des bergers commencèrent à monter sur les planches des théâtres pour exercer cet art. Plusieurs d’entre eux sont ainsi devenus les pionniers d’une pratique professionnelle du chant diphonique. Ils ont ouvert la voie à d’autres, leurs élèves, qui ont à leur tour créé de véritables écoles, reconnues dans la tradition aujourd’hui.

Désormais, la jeune génération ne demande qu’à apprendre cette technique vocale pour en faire son métier : créer un ensemble, jouer dans le monde et produire des disques, à l’image de leurs professeurs.

Pour comprendre la motivation de tels changements, un aperçu historique est nécessaire.
La Mongolie a connu trois étapes importantes qui ont influencé largement ses musiques. Avant 1921, le pays fonctionnait encore dans un système proche du féodalisme, non loin des heures de gloire du plus vaste empire que le monde ait connu, fondé par Gengis Khan au XIIIe siècle. De 1921 à 1990, le pays a connu un régime communiste. Sous la pression des nombreux interdits, les différents groupes ethniques mongols ont continué secrètement à conserver leurs traditions, véritables symboles de leurs identités. Pourtant, à cause du régime totalitaire soviétique, certains aspects de la culture nomade ont été oubliés, ou tout au mieux transformés malgré eux pour subsister.
Depuis la révolution de 1990, la Mongolie s’ouvre à la mondialisation, après avoir basculée brutalement dans un régime capitaliste. La population s’est retrouvé brusquement transportée dans un boom socioculturel impressionnant. À travers ces changements sociaux progressifs et néanmoins de plus en plus rapides (féodalisme, communisme, capitalisme), en parallèle, l’implantation des théâtres dans tout le pays, la création d’ensembles d’Etat, et plus récemment de théâtres privés, ont multiplié et encouragé le processus de patrimonialisation des pratiques artistiques. Malheureusement, selon la tradition, elles s’appauvrissent au fil du temps ou, a contrario s’enrichissent de plus en plus vite.
Le modèle de la scène occidentale et le formatage des concerts a participé au développement du chant xöömij. Alors qu’à l’inverse, le répertoire des chants longs urtiin duu s’est réduit rapidement. En Mongolie, la scène est rapidement devenue un véritable vivier de création, dans tous les domaines de l’art (musique contemporaine ou « classique », rock, pop, hip-hop, musique néo-traditionnelle, danse, théâtre, arts plastiques).
À l’heure actuelle, le chant diphonique est utilisé en interaction avec toutes ces disciplines, ce qui pousse les chanteurs à développer la technique encore plus vite que leurs prédécesseurs. Dans certains cas, la scène peut être un lieu de mémoire des traditions. Dans le contexte mongol, sa fonction va dans un sens qui ne sert pas la conservation du patrimoine. Elle est le symbole d’une identité nationale post-communiste, en rupture avec un passé encore proche. Les Mongols tentent de renouer avec leur histoire ancienne, dont on ne retient plus que Gengis Khan, la nouvelle fierté nationale.

Prises entre les steppes et Oulan Bator, une capitale en rupture totale avec la culture nomade, les traditions deviennent du folklore, ou se retrouvent transformées, dénuées de tout contexte. À présent le chant diphonique xöömij, technique vocale archaïque venue des bergers nomades, dont un spectateur lambda ne saisira que sa musique et beaucoup moins son sens, est pourtant devenu un emblème dans le monde entier, grâce à la scène.

Texte de Johanni Curtet.

(www.routenomade.fr)