azerbaidjan.jpgLes Rossignols du Jardin Noir

Ensemble fondé il y a plus de quarante ans, les « Rossignols du Jardin Noir » (Karabagh Bülbüler) sont spécialisés dans l’art du mugam, la musique savante de l’Azerbaïdjan.

Le maître du luth tar Rafig Rustamov a repris la direction de ce groupe il y a vingt-cinq ans et c’est dans ce cadre qu’il forme de jeunes chanteurs qui, comme Halima Veyisova et Sebuhi Ibayev, débutent leur apprentissage vers l’âge de dix ans. L’ensemble instrumental est complété par la vièle à archet kamantché de Markaz Aliyev et, dans le cadre de cette rencontre, par le ‘oud à l’ancienne de Marc Loopuyt, dont les cordes de boyau se marient à merveille aux sons cristallins des deux autres instruments.

Rafik Rustamov a toujours poursuivi un effort soutenu de transmission de l’énorme répertoire que les anciens maîtres d’Azerbaïdjan lui ont légué. Aujourd’hui, il poursuit cet effort dans des conditions difficiles mais a réussi à organiser une école de musique traditionnelle dans une banlieue de Bakou pour continuer à faire fructifier cet héritage inouï de chant et de musique instrumentale. Le rossignol (bülbül) est l’oiseau-poète par excellence ; ce messager d’amour symbolise la perfection du chant et l’inspiration poétique. Quant à « jardin noir », c’est la traduction du nom de la province transcaucasienne du Karabagh – dont la terre est effectivement noire – équivalent oriental de l’Andalousie pour l’art du chant, de la poésie, de la musique instrumentale et de la danse. Aujourd’hui amputée d’une partie significative de son territoire, cette province est l’objet d’une profonde nostalgie de la part de ses habitants, qui ont tout perdu.

Distribution Rafig Rustamov - luth târ, direction artistique Halima Veyisova – chant muggam Sebuhi Ibayev – chant muggam Markaz Aliyev - vièle à archet kamantché Marc Loopuyt – oud

Réservations : La Rose des Vents 03 20 61 96 96

LA REGION Étendu entre le Grand et le Petit Caucase, l’Azerbaïdjan a recueilli depuis l’Antiquité de multiples et fécondes strates de musique d’art : grecque, zoroastrienne, persane, kurde, sans compter les multiples fulgurances poétiques et lyriques nomades d’Asie Centrale attirées par l’opulence des sédentaires de l’Ouest. Soigneusement regroupées dans un système d’une clarté et d’une précision inouïes (un de ces motifs est censé nous retransmettre en détails quelques phrases musicales telles que le Prophète David les jouaient sur sa flûte !), tous ces thèmes musicaux alimentent l’Athanor de l’alchimie musicale de ce répertoire monumental qu’on appelle le Mugam. Ceux qui le transmettent sont habités d’une érudition qui est le fondement d’un art de l’improvisation et de la conversation musicale quasi-ornithologiques ! Près de Bakou, dans la presqu’île d’Apcharon, se situe une colline qui porte le nom de Yanar Dar, c'est-à-dire, Montagne de feu. En effet, c’est un endroit où, de mémoire d’homme, un énorme feu de gaz de naphte brûle à même le sol depuis des millénaires et il constituait le point central de ralliement et de pèlerinage pour les Zoroastriens. Les prêtres, dit-on, chantaient en ce lieu les prières sur des modes musicaux particulièrement poignants et sophistiqués qui semblent bien être l’origine du Mugam. En tous cas, ce feu impétueux et grondant est un symbole parfaitement adapté au caractère igné des musiques de cette Andalousie d’Orient.

LES INSTRUMENTS & LE CHANT

Le kémantché : Le sens du mot est « petit arc » c'est-à-dire archet. Cet archet se caractérise par une mèche dont la tension est variable au cour du jeu et participe ainsi à la variété de la palette sonore. L’instrument peut tourner sur une courte pique et ainsi, c’est la corde qui se présente à l’archet et non le contraire. La caisse est le plus souvent en noyer tourné et la table d’harmonie est une peau de silure ou de chèvre. Issu du rebâb avec caisse en noix de coco et cordes en crin, le kémantché porte aujourd’hui 4 cordes d’acier et a développé un jeu de la main gauche sophistiqué avec moult effets d’ornements et moult positions

Le Tar :

Le tar est un luth monoxyde en bois de mûrier. Il a une double table d’harmonie en péricarde de taureau. Son long manche est muni de 22 à 28 ligatures et ses 11 cordes d’acier et de laiton sont frappées avec un plectre en corne. Contrairement au modèle persan, il se joue sur la poitrine ce qui multiplie les effets de vibrato et la puissance. Le jeu très sophistiqué du plectre permet une lisibilité exemplaire de son potentiel d’articulation et une densité qui confine au langage des oiseaux. La variété des timbres qui peuvent se modifier à l’intérieur même de très courts motifs fait aussi partie de ses caractéristiques. Le târ est l’aboutissement de l’évolution des luths monoxydes d’Asie centrale qui a aussi abouti au luth rabab d’Afghanistan

Le Oud :

Luth à caisse construite en lattes de noyer et à manche court dénué de ligature. La table est en bois de cèdre percée de 3 rosaces d’ivoire et de corne ouvragées. Ses cordes groupées par chœur sont frappées avec un plectre en corne ou en plume d’aigle. Très présent dans la musique ancienne d’Iran et d’Azerbaïdjan, il portait depuis le VIe siècle le nom de barbat. A partir du XVIII ième siècle, il est largement supplanté par le luth à long manche tar. Autrefois, les instruments de la région étaient tous montés de cordes de soie qui permettaient la clarté sans atteindre à l’agressivité sonore. Aujourd’hui, l’acier remplace la soie sur le tar et le kemantché et le dialogue des deux peut quelquefois pêcher par excès de métal : le son du oud ici monté de boyau permet de rééquilibrer l’ensemble vers la douceur sans nuire à l’articulation. Le Oud joué ici a été construit à Toqat en 1823

Le style du chant Comme dans toutes les musiques traditionnelles, c’est le chant qui est le modèle et le premier de tous les instruments. Dans le style considéré, les limites sonores du potentiel vocal humain semblent atteintes tant en termes de finesse qu’en terme d’ornementation. Le fameux effet de tahrir est une sorte de yodle oriental dans lequel l’alternance entre la voix de tête et de poitrine est particulièrement rapide et éprouvante. La précision des micro-intervalles est également un élément de l’art qui nécessite une imprégnation profonde et que les chanteurs doivent parfaitement maîtriser, même sans le soutien des instruments à ligatures comme le tar.