Ce colloque sera un espace de réflexions de rencontres et d'échanges sur les enjeux et méthodologies de travail de l'élaboration des festivals de rue à travers les dimensions éthiques, culturelles, artistiques dans différents pays européens et ayant comme base commune la participation active des publics et l'interculturalité. Ce colloque verra se rencontrer des chercheurs, sociologues, acteurs culturels de terrain et habitants des quartiers lors de débats et d'ateliers d'échanges de pratiques débouchant sur la construction de formations à destination des acteurs culturels et sociaux.

La manifestation propose d’interroger les formes contemporaines de militance culturelle qui revendiquent l’espace urbain comme lieu d’action.

La rue, l’espace urbain en général est-il encore le lieu possible d’actions culturelles militantes et si oui lesquelles ? Que fait-on quand on organise une fête de rue, une parade, un festival qui s’inscrit dans la ville ? Est-ce que l’on revendique ? Est-ce que l’on milite ? Est-ce que l’on s’amuse tout simplement ? Et si nous militons, nous militons pourquoi ? Pour plus de convivialité, mais quelle différence alors avec la très institutionnelle « fête des voisins » française ? D’ailleurs militer aujourd’hui veut-il forcément dire s’opposer à toute forme d’institutionnalisation ? Comment prendre en compte l’évolution des formes de la politique dans nos démocraties moderne ? Ne confond-on pas trop souvent politique et pouvoir ? Les enjeux sont-ils les mêmes en Italie, en Espagne, en France et ailleurs ?

Genèse d'un projet

La thématique de ces rencontres est née des questionnements de trois associations culturelles européennes qui se veulent militantes et ont mis en place à Lille, à Barcelone et à Bologne un projet culturel si original qu’il a été repris un peu partout : le Festival de la Soupe.

A l’origine du festival il y a la volonté d’habitants et d’acteurs culturels du quartier de Wazemmes à Lille de s’affirmer et de montrer ses « arts de faire » dans un contexte de requalification urbaine du quartier, de préfiguration de l’événement Lille Capitale Européenne de la Culture 2004 et de l’implantation à cette occasion d’une « Maison Folie » dans le quartier. Affirmer donc la puissance de création des lieux de convivialité du quartier, défendre sa mixité et sa spontanéité devant des logiques d’institutionnalisation et de dépossession de la fête au profit des « professionnels ».

Aujourd’hui, les projets culturels dits participatifs et festifs entrent en plein dans les logiques de réorganisation de l’espace public des métropoles contemporaines sous l’effet conjugué de l’importance prise par l'enjeu touristique des villes et leur mise en concurrence. Le Festival de la Soupe n’échappe pas à la règle. La production de représentations collectives de la ville comme lieu du bien vivre ensemble, conviviale, ouverte, dynamique, métissée semble bien partagée par les métropoles du Nord du Monde engagées dans la course des territoires.

En 2008, le réseau S.O.U.P.E a obtenu des financements européens en vu de resserrer les coopérations entre les festivals de Lille, Bologne et Barcelone et nous avons commencé à échanger artistes et questionnements.

Nous avons identifié plusieurs axes de travail et nous voudrions les partager à la fois avec des acteurs du monde culturel, social et politique, mais aussi avec des chercheurs de sciences humaines et sociales et les habitants des quartiers concernés.

Il nous semble en effet fondamental de partager nos savoirs et nos savoirs faire et de renforcer nos liens pour inventer de nouvelles formes d’actions collectives.

L’un des objectifs du colloque sera de parvenir à repenser les coopérations entre le monde universitaire et militant à l’heure ou l’université est elle aussi confrontée à une demande de restructuration qui tend à la transformer en prestataire de services d’enseignement et de recherche, soumise à la logique du projet. Nous voudrions aboutir à la création de modules de formation qui dépassent les logiques habituelles de coopération entre acteurs et universitaires : aux uns le savoir faire et aux autres la théorie… Prenons un autre parti, celui du faire et de l’apprendre ensemble.